Les associations et les coopératives organismes indispensables pour revitaliser l’économie sociale et solidaire dans les milieux montagnards : étude de cas dans les provinces de Chefchaouen et Tétouan (Nord du Maroc)


 

Les associations et les coopératives organismes indispensables pour revitaliser l’économie sociale et solidaire dans les milieux montagnards : étude de cas dans les provinces de Chefchaouen et Tétouan (Nord du Maroc)

HMAMOU MUSTAPHA/

 Professeur du deuxième cycle de l’enseignement secondaire, docteur chercheur en géographie

 مقال نشر في  مجلة جيل العلوم الانسانية والاجتماعية العدد 48  الصفحة 123.

 

 

Résumé :

Les associations et les coopératives, occupent sans nul doute une place importante dans l’économie sociale et solidaire en ce qui concerne l’aménagement du territoire. Elles facilitent également les liens entre l’État et les collectivités territoriales dans la mise en œuvre des projets de développent. Dans le contexte de la problématique et l’intérêt de cette étude, nous visons plus précisément d’identifier le rôle des associations et coopératives rifaines marocaines, que se soit les sublimes aux niveaux national et régional, ou les petites qui œuvrent localement, en invoquant des cas agissants dans le monde rural de deux provinces (Chefcahouen et Tétouan).

Mots clés : coopératives, associations, économie sociale, économie solidaire, montagne rifaine, Cannabis

 

Introduction :

L’économie sociale et solidaire a un rôle potentiellement important à jouer dans la réorientation des économies et des sociétés vers la durabilité économique, sociale et écologique[1]. Au Maroc, elle se veut, aux côtés des secteurs public et  privé, le nouvel entrant capable d’apporter un nouveau souffle à la croissance économique en contribuant à lever une grande partie des défis de l’inclusion et de la précarité[2]. Les associations et les coopératives constituent une composante principale de ce secteur. Il convient de signaler à ce propos que la société marocaine connaît des valeurs pratiques d’entraide, de solidarité et de mutualisme ancrées culturellement dans de son histoire (Tawiza par exemple). Malheureusement ces valeurs subissent une décomposition inquiétante.

Il est à noter que, si le territoire marocain connait généralement des pratiques de solidarité, les actions collectives dans les espaces montagnards, au vu de ses caractéristiques physiques spécifiques (notamment les particularités climatiques et topographiques), sont absolument nécessaires. Cependant, on constate que les organismes de l’économie sociale, dans les zones mentionnées, sont confrontés à plusieurs défis. Non seulement le secteur coopératif marocain, en particulier en montagne, est encore loin d’être bien organisé et intégré sous forme de fédérations nationales capables de résoudre les problèmes majeurs, liés essentiellement aux faibles niveaux de développement humain et aux fortes dégradations de l’environnement naturel, mais encore les élus locaux, dans ces zones, n’ont pas également pu instituer une association nationale qui défend les intérêts des territoires montagnards[3].

La problématique qui se pose est la suivante : le domaine de l’économie sociale et solidaire, à travers les coopératives et les associations, affronte des défis majeurs, surtout dans les zones montagneuses du Rif marocain; bien que les provinces d’étude, ont connu au cours des dernières décennies, une augmentation remarquable du nombre des associations et des coopératives. Néanmoins cette augmentation n’as pas été suffisante pour atteindre les objectifs collectifs fixés d’une manière efficace et efficiente. Le tissu associatif marocain est encore faible et fragile et ses capacités sont  limitées  par   des déficiences structurelles[4], liées à d’autres réels problèmes comme la corruption et le détournement de fonds[5].

Pour donner une réponse globale à notre problématique mentionnée ci-dessus, nous avons formulé deux hypothèses : la première, Il y a un manque de compréhension et de connaissance du fonctionnement institutionnel des statuts coopératifs et associatifs au sein des déférentes composantes de la société marocaine ; la seconde, le manque d’appui et la faible coordination entre ces organisations de part et les différents acteurs concernés (les opérateurs publics et privés) d’autre part, sont autant de facteurs qui empêchent d’atteindre les objectifs fixés.

Nous avons utilisé plusieurs outils et méthodes d’analyse des données dans le but d’atteindre les objectifs prescrits et de tester les hypothèses notées. Premièrement une recherche bibliographique traitant l’économie sociale et solidaire, en suite l’observation directe et l’enquête de terrain (entretiens et questionnaires destiné aux 47 associations, et 14 coopératives), et enfin le traitement, l’analyse et l’évaluation des données en utilisant certaines techniques qui émanent de la recherche scientifique (les graphiques et les tableaux).

  • Deux types d’associations : celles qui agissent localement confrontées à des défis majeurs et d’autres apportent une importante contribution à la revitalisation de l’économie sociale et solidaire

Le Maroc compté 130 Milles  associations actives en 2016[6] , c’est-à-dire en moyenne 385 associations pour 10000 habitants (à titre de comparaison, plus de 1750 des associations pour 10000 habitants en France). La majorité des associations en activité en 2007 sont souvent des structures de création récente : 8 associations sur 10 ont été créées entre 1997 et 2007 et quatre sur dix depuis le lancement de l’Initiative Nationale du Développement Humain en 2005. Globalement, l’âge moyen des associations marocaines était de 4 ans en 2007[7]. Dans la zone étudiée, la plupart des associations ont été créé à la fin des années 1990[8]. Le nombre des associations dans les provinces de Tétouan et de Chefchaouen en 2014, respectivement est estimé à 1594 et 637 associations ; dont 21,70%, et 47,57% intéressent le monde rural. Concernant les domaines d’activité de ces associations, nous avons proposé quatre secteurs, il s’agit de l’agriculture, le développement, L’éducation et l’apprentissage, et diverses interventions. Sachant que la majorité exerce leur activité dans le secteur agricole (42,22%) ; ceci est normal, puisque ce dernier reste généralement l’un des piliers majeurs de l’économie des zones montagnardes, la deuxième place est occupée par les associations pour le développement qui représente 26%, et 17,70% pour la promotion de l’éducation et de la formation. En fin de compte, reste celles qui agissent dans divers domaines.

Lorsque l’on aborde les actions du tissu associatif, on doit évoquer la question du rayonnement territoriale des associations. Il convient de noter ici que ces dernières sont classées selon quatre domaines géographiques d’activités : local, national, régional, et international. Pour cette raison, l’efficacité de ces organisations dépend largement du degré de polarisation spatiale existant. À cet égard, Il faut signaler que dans l’aire d’étude, il y a quelques associations éminentes qui disposent de nombreux moyens permettant de valoriser l’économie sociale et solidaire. Nous allons examiner la situation de certains cas, mais auparavant, nous proposons d’évaluer les difficultés qui réduisent le dynamisme et l’influence des associations qui exercent leurs activités au niveau local.

  • Les associations locales : handicapées par l’insuffisance des ressources financières, le déficit qualitatif des ressources humaines et un manque sérieux des moyens logistiques nécessaires

D’après Le Haut-Commissariat au Plan, le taux d’analphabétisme, en milieu rural marocain, reste encore élevé, par exemple, il est dans les environs de 45% en milieu rural de la Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (44,7%). Au niveau de la province de Tétouan, ce taux demeure trop élevé dans certaines communes rurales, comme c’est le cas par exemple à l’Oulad Ali Mansour (69,4%). Le problème de l’analphabétisme, incontestablement, influe sur l’action et la dynamique associative, en effet, généralement le faible niveau d’instruction requis est un obstacle pour le fonctionnement des associations. À cet égard, l’enquête de terrain a révélé souvent que parmi des représentants/membres des associations, certains sont totalement analphabètes[9]. Un autre point essentiel auquel il faut prêter attention, c’est question du genre ; nous signalons ici l’absence quasi-totale des femmes dans les associations rifaines. Dans la province de Tétouan par exemple, les associations qui concernent particulièrement les tâches féminines ne représentent que 5,20% de l’ensemble des associations[10].

Fig. 1: Répartition des associations  selon la disponibilité de locaux et d’équipements dans certaines communes rurales des provinces de Chefchaouen et Tétouan
Source : l’enquête de terrain, 2014.

Il se révèle de la figure 1 que les associations locales enregistrent un manque déplorable relatif à la disposition de locaux conformément à la réglementation et de matériel logistique. Malgré l’article 5 de la loi qui règlemente la création des associations (dahir n° 1-58-376 du 3 joumada I 1378, 15 novembre 1958), loi qui stipule clairement que toute association doit déclarer le lieu de son siège sociale à l’autorité administrative locale qui gère le territoire au sein duquel se trouve ce siège, on trouve que 53,33% des associations ne disposent pas de siège, par conséquence les réunions sont tenues dans les espaces publics (mosquées, écoles, cafés… etc.). Dans ce contexte, 46,32% n’ayant pas les équipements requis et adaptés (bureaux, ordinateurs, salles de réunions, internet…etc.). Ce manque d’équipements, peut s’interpréter par la faiblesse de ressources financières associatives.

On peut distinguer deux types de financement des associations : interne (privé) lié aux apports des membres et externe dont le plus habituelle est bien les subventions et les dons, néanmoins il faut ajouter que ces deux sources restent évidemment caractériser par l’instabilité et l’incertitude. Notons que lorsque les sources de financement sont bien diversifiées, ceci se reflète positivement sur les recettes financières des associations. Toutefois, quand on analyse les ressources des associations étudiées (Figure 2), les trois-quarts d’entre elles sont financièrement autonomes, le quart restant essaye de renforcer les relations avec les différents partenaires pour régler ses activités. Dans ces conditions, il sera très difficile d’atteindre l’objectif associatif. Le problème de fond reste probablement le fait de s’appuyer uniquement sur les subventions des collectivités territoriales au lieu de diversifier les sources de financements par les associations, et le manque de conscience de l’importance de renforcer des relations avec les partenaires régionaux, nationaux et internationaux d’une part et avec les grandes associations d’autre part.

Fig. 2 : Le financement des associations dans certaines communes rurales des provinces de Chefchaouen et Tétouan
Source : l’enquête de terrain, 2014.
 

1-2- Les associations innovantes et distinguées occupent une place importante dans la revitalisation de l’économie sociale et solidaire

Dans le nord- ouest du Maroc, plusieurs associations ont contribué à la revitalisation de l’économie sociale et solidaire. Dans ce qui suit nous allons essayer de donner un aperçu sur certains cas d’associations vivantes et actives dont le bilan des réalisations est positif et très significatif ; et ce malgré de nombreuses contraintes auxquelles fait face le secteur associatif, il s’agit là de deux structures importantes : l’Association Nationale des éleveurs Ovine et Caprine (ANOC), et ADL-Chefchaouen.

1-2-1- L’ANOC : l’une des organisations bien structurée dans le paysage associatif 

L’ANOC qui a été créée en 1980 en tant qu’association nationale, au début avec un seul groupement de 7 personnes dans la région de Zaer au sud de Rabat, elle compte en fin de l’année 2015 dans tout le territoire marocain 150 groupements. Les présidents et trésoriers de tous les groupements constituent l’Assemblée Générale, qui choisit 21 membres pour composer le Conseil d’Administration, en plus d’un représentant du Ministère de l’Agriculture, ce dernier est un observateur qui ne participe pas à la prise des décisions. Le Conseil d’Administration travaille en 5 commissions: stratégie, technique, financière, ressources humaines et réglementation. Il est géré par un bureau de 8 adhérents élis parmi les 21 membres du Conseil d’Administration. Le Conseil à travers les commissions et le bureau, élabore les stratégies de l’ANOC et tranche dans les importantes décisions de l’association. La gestion est assurée par une Direction Générale aidé par un directeur technique qui gère les différentes cellules : projets, formation, génétique et santé animale et le service financier et ressources humaines[11].

l’ANOC s’est fixé plusieurs objectifs principaux en parallèles dans plusieurs domaines, à savoir l’amélioration du bien-être de l’éleveur en valorisant son métier exercé dans des conditions difficiles du milieu rural et défendre ses intérêts, ainsi que la contribution à la croissance économique et rurale par le développement de l’élevage des petits ruminants et la promotion des différents produits des éleveurs membres.

Il convient de souligner, comme nous l’avons déjà mentionné, que l’ANOC englobe 150 groupements répartis au niveau national dans 29 provinces, parmi ces provinces, on trouve des provinces de la zone montagneuse du Rif, il s’agit des provinces de Chefchaouen, Tétouan, Ouezzane et Larache (tableau n° 1). A ce propos, cette zone rifaine dispose de deux unités structurantes gérées par l’association: une unité de production de formage de chèvre[12] dans la province de Chefchaouen et le centre technique d’élevage caprin de Bellota[13] dans la province d’Ouezzane.

 Tab. 1 : La répartition géographique  des élevages de chèvres d’ANOC
%
des éleveurs% de bétails (femelles)les éleveursle nombre de chèvres (femelles)Les groupementsLes provinces21,2421,18411193BellotaOuezzane12,4413,1424740ChefchaouenChefchaouen40,4160,36783400LoukkosLarache25,915,3350300TétouanTétouan26,1210,941935633Total de la zone Nord8,1210,47605395Total de Moyen Atlas28,4230,7821015856Total de Centre du Sud37,3547,8127624628Total de la zone Est100,00100,0073951512Total Source : le site web de l’association : http://www.anoc.ma (21/02/2015)

Malgré le potentiel réel des montagnes du Rif au Maroc dans le domaine du développement de l’élevage caprin, il ressort clairement, du tableau n° 1, que ces montagnes ne représentent pas un pourcentage important au niveau du nombre total d’animaux caprins adultes (10,94%), en comparaison avec les autres régions marocaines. Cette situation peut s’expliquer, dans la région du Rif, par la prédominance de la culture de cannabis, vu son rendement très acceptable par les paysans, par rapport aux autres activités agricoles.

En somme, on peut dire que l’ANOC, selon les résultats obtenus, et malgré les obstacles et les défis qu’affrontent les organisations de société civile au Maroc, est une association innovante et distinguée a largement contribué, à côté d’autres associations locales, à la revitalisation de l’économie sociale et solidaire dans notre zone d’étude.

1-2-2- L’Associations de Développement Local (ADL) : l’une des établissements le plus dynamique localement

L’ADL a été Créée en 27 septembre  1997, elle collabore dans le secteur associatif avec plusieurs organisations et institutions nationales et internationales, dont les plus importants sont les suivant[14] :

  • Centre d’Initiatives pour la Coopération Bata (CIC BATÁ);
  • Association Marocaine de Solidarité et de Développement (AMSED);
  • Agence pour la Promotion et le Développement des préfectures et provinces du Nord du Royaume (APDN);
  • Institut Catalan de l’Energie (ICAEN);
  • Direction Provinciale de l’Agriculture de Chefchaouen.

L’association vise à concrétiser entre autres la participation de la population au développement local, la prise en compte des initiatives socio-économiques apparentées, et aussi le suivi, l’évaluation et l’accompagnement technique de la population dans la réalisation des projets. Les principaux domaines d’intervention de l’Association sont : L’économie solidaire, les activités génératrices de revenus, l’infrastructure et les services, la scolarité, le développement rural intégré, la gouvernance et l’appui institutionnel, le tourisme et la protection de l’environnement.

En ce qui concerne le financement des projets, les ressources mobilisées par cet acteur sont de deux types :soit des ressources locales (l’Agence de Développement Social, l’Initiative Nationale pour le Développement Humain INDH, l’Agence de Développement du Nord, La Fondation Mohammed V pour la solidarité, Les municipalités et les conseillers provinciaux…) ; soit des ressources internationales (les Agences de coopération internationale, national et régional, et d’autres institutions d’Espagne, Et les programmes des Nations Unies, et les ambassades étrangers…). Ces projets sont entrepris en collaboration avec des partenaires et les populations bénéficiaires, et le processus d’évaluation des résultats se fait par une expertise étrangère. D’une manière générale, l’ADL a contribué efficacement à la mise en œuvre d’importants projets structurants dans différents domaines.  Parmi les plus importants liés à l’économie solidaire nous citons :

  • Projet de développement des initiatives entrepreneuriales concernant l’amélioration de la production d’olives au nord du Maroc ;
  • Projet de production de fleurs coupées au nord du Maroc ;
  • Projet de création et promotion du secteur des champignons cultivés dans l’espace rurale de la province de Chefchaouen;
  • Projet de développement de l’élevage caprin dans Bassin Versant de l’Oued Laou;
  • Projet d’augmentation de la productivité durable d’olive dans les provinces du nord ;
  • Projet de développement socio-économique selon l’approche de Genre au niveau de douars du bassin versant d’Oued Laou ;
  • Projets d’appui à l’apiculture dans la province de Chefchaouen.

En tout cas, nos investigations sur le terrain permettent de conclure que même si la contribution des grands associations dans la zone d’étude, comme le cas d’ANOC et ADL,  semble importante, en réalité, elle est insuffisante; de sorte que les résultats des programmes nationaux et internationaux de développement rural des zones montagneuses de l’aire d’étude, restent peu efficaces, et ceci tant que les associations ne jouent pas un rôle de coordination entre la population locale et les organismes publics. Le succès des projets de développement sur ces fondements ne peut pas aboutir que si la solidarité sociale et territoriale est introduit dans un cadre institutionnel approprié, à travers la création d’associations qui ont une vision claire, gérée par des personnes qui respectent les exigences objectives du travail associatif, et qui distinguent, très clairement, entre ce dernier et le travail coopératif.

  • Les coopératives locales agissent dans le secteur agricole et exercent principalement des activités commerciales ont besoin du soutien, de l’assistance et de l’encadrement

La coopérative est un groupement de personnes physiques et /ou morales, qui conviennent de se réunir pour créer une entreprise, leur permettant la satisfaction de leurs besoins économiques et sociaux, et qui est gérée conformément aux valeurs et principes fondamentaux mondialement reconnus en matière de coopération, notamment : l’adhésion volontaire et ouverte à tous; pouvoir démocratique     exercé     par les membres; participation économique des membres; autonomie et indépendance; éducation, formation et information; la coopération entre les coopératives ;engagement envers la société[15] . Est-ce que ces valeurs et principes s’appliquent aux coopératives étudiées ?

Dans notre zone d’étude, près de la moitié des coopératives (45,45%) sont comme les associations, liées au secteur agricole (élevage de chèvres, apiculture, et le secteur oléicole), suivi par ceux qui exercent leurs activités dans les secteurs des plantes aromatiques et médicinales et les champignons (fig. 3). La plupart de ces coopératives exercent une activité commerciale, dans ce qui suit nous allons essayer d’identifier certaines par leurs caractéristiques :

Fig. 3 : les coopératives selon le type d’activité dans certaines communes rurales des provinces de Chefchaouen et Tétouan
Source : l’enquête de terrain, 2014.
  • Coopérative Al Ouafae pour la production d’huile d’olive (Centre Al Harm/Béni Darkoul)

Créée en 2004, c’est une coopérative féminine pour la commercialisation de l’huile d’olive locale à travers, principalement, les expositions et foires régionales et nationales, dont le prix varie entre 50 et 70 DH/L. Le nombre des adhérentes, jusqu’au 15 Juin 2014, atteignait 14 ; l’adhésion est conditionnée par la version d’un montant de 500 DH, et le travail dans la coopérative. Pour se faire les adhérentes habitent non loin du siège de la coopérative, c’est-à-dire au centre de Béni darkoul (province de Chefchaouen). La coopérative dispose comme équipement : un bureau, un téléphone mobile, des outils traditionnels pour récolter les olives, cinq réservoirs d’eau mobiles, des balais, une pompe pour faire monter l’eau, et des nattes en plastique. À propos de la gestion administrative et financière, on signale que la dernière assemblée générale annuelle de cette coopérative (jusqu’à la date de l’entretien -2014-) s’est tenue en 2011, elle recourt à l’expert- comptable et possède un compte bancaire dans le Crédit Agricole du Maroc. La Coopérative « Al Ouafae pour la production d’huile d’olive » a créé un partenariat avec des grandes associations, à savoir l’ADL –Chefchaouen, et elle reçoit également le soutien financier et technique apporté par les administrations locales. Là, elle a bénéficié de l’acquisition du droit sur la marque pour  mettre en marché et vendre ses produits, et elle a aussi bénéficié de l’appui de l’INDH pour creuser un puits. En matière de rentabilité, la coopérative enregistre un excédent annuel non négligeable au profit de ces es membres.

  • Coopérative agricole chefchaouen pour la production des champignons

Elle a été créée en juin 2011 à Grankha (commune rurale de Derdara, province de Chefchaouen sur la R.P. n°2.), c’est une coopérative pour la production et la commercialisation des champignons. Elle importe la plupart des matières premières d’Espagne. L’association ADRAR[16] achète la grande majorité de la production de la « Coopérative agricole chefchaouen pour la production des champignons », à ce client, il faut ajouter les restaurants locaux de la ville de Chefchaouen. Généralement le prix de vente à la coopérative varie entre 35 et 40 DH/Kg. Le nombre des adhérentes ne dépassait pas 9 femmes (16 juin 2014), habitant au même lieu. Il convient de noter qu’au niveau de la gestion, la dernière assemblée générale annuelle est tenue depuis un an avant la date de l’interview en juin 2014. En ce qui concerne les équipements, la coopérative possède un local dans une petite ferme, un bureau, un téléphone mobile, deux réfrigérateurs, et un appareil pour stériliser le foin. Elle a un compte bancaire dans le Crédit Agricole du Maroc. Cependant, elle ne recourt pas aux services d’aucun expert-comptable. Par ailleurs, la coopérative a développée des partenariats avec des organismes locaux tels que L’ADL, L’APDN, DPA de Chefchaouen, et la commune rurale de Derdara. Concernant la rentabilité, elle atteint un petit   excédent   permettant   de   financier des nouveaux projets et le renouvellement et l’entretien des équipements. Néanmoins, la coopérative affronte encore de grosses difficultés qui se résume en un manque de ressources financières, à une mauvaise gestion, à la pénurie d’eau, et le coût élevé de l’électricité et des déplacements.

  • Coopérative Amlay pour la production des plantes aromatiques et médicinales

Elle a été transformé d’une association à une coopérative en 2013, son siège se trouve à l’ouest de la route nationale n° 2 près de la zone de Grankha, elle utilise des matières premières issues des zones forestières et semi-forestiers locales. La coopérative commercialise ses produits principalement dans le Souk hebdomadaire semi urbain de Chefchaouen et à travers parfois les expositions régionales et nationales. Elle rassemblait 13 adhérents (10 femmes et 3 hommes en juin 2014), résidant dans le Dchar Amlay au même lieu. La coopérative dispose d’un local avec un bureau et du matériel technique tels que des tamis, pioche, houe, des sacs fabriqués à partir des matières végétales telles que le doum (palmier nains), une balance, et un séchoir…etc. Elle ne recourt pas aux services de l’expert-comptable et ne possède pas de compte bancaire. En matière de relations avec les autres coopératives, associations et organismes…, on signale que la construction du siège et le choit de son lieu ont été fait par l’« Association Talassemtane Pour l’environnement et le développement » (ATED),  la coopérative reçoit aussi un soutien de DPA de Chefchaouen et la commune rurale de Derdara surtout au niveau de la commercialisation et des frais des déplacements. À propos de sa situation financière, la coopérative enregistre un modeste excédent au profit de ces 13 membres. Cependant, elle affronte de nombreuses difficultés, tel que le manque de ressources financières, le soutien officiel et d’autrui limité, la faible participation et dynamisme de certains membres de la   coopérative, une mauvaise gestion, et des problèmes liés à l’électrification et l’isolement relatif du siège.

  • La coopérative de production de chaux vive à la province de Tétouan

Cette coopérative à objectif productif -commercial a vu le jour en 1998. Elle s’appuie sur l’utilisation de matières premières (les roches calcaires de la Dorsale) et des savoirs-faire locaux pour produire la chaux. Elle compte 13 membres originaires des communes rurales de Béni Idder et de Zinat. La coopérative joue un rôle important dans la commercialisation de chaux vive au Maroc, son rayonnement   commercial   inclut les villes relativement lointaines comme Casablanca, Marrakech, et Sidi Yahia el Gharb…  Le prix de commercialisation de la production est d’environ 70 DH/T. Concernant la gestion administrative et financière, et les équipements, on signale que l’assemblée générale se réunit chaque année, et la coopérative a recours à un expert-comptable, aussi elle possède un compte bancaire, elle a également un bureau, un téléphone fixe, un ordinateur, et une imprimante. En terme de rentabilité, cette coopérative atteint un excédent annuel destiné aux adhérents et pour l’achat de certains équipements. Elle ambitionne de construire d’un four moderne. Néanmoins, elle rencontre des difficultés liées au manque de ressources financières, au soutien limité, à la faible participation des membres, au coût élevé d’extraction de la matière premières, et la concurrence acharnée de la société Lafarge.

En somme, la plupart de ces coopératives ont été créées récemment, toutes de type commercial, et se basent généralement sur le traitement des matières premières locales, à l’exception de la coopérative agricole Chefchaouen pour la production des champignons qui importe certaines matières premières nécessaires d’Espagne. Elles contribuent positivement à revitaliser l’économie sociale et solidaire. Cependant, elles affrontent de nombreux problèmes qui se récapitulent en un manque de ressources financières, d’équipements nécessaires suffisants pour faire la promotion des produits de terroirs, en conséquence, plusieurs d’entre eux ne peuvent pas poursuivre leurs activités.

Conclussions

Notre objectif à travers cette étude était de comprendre le rôle des organisations de la société civile dans l’économie sociale et solidaire, en particulier les associations et les coopératives dans l’espace montagnard rifain (le cas de deux provinces : Tétouan et Chefchaouen). En fonction des résultats de cette étude, les hypothèses utilisées sont valables. La recherche sur le terrain effectué à travers les entrevues, et les questionnaires auprès des associations et des coopératives ont révélé un manque de connaissance et de compréhension du travail associatif et coopératif parmi les individus. En ce qui concerne les associations, l’objectif du travail est, bien souvent, lié au souci du lucre et du profit, si nom souvent les activités associatives risquent d’être délaissées. En plus, la politisation du tissu associatif est l’un des facteurs qui empêche réalisation des objectifs. L’activité des associations, quand elle existe vraiment, peut donc se dissoudre rapidement en raison des nombreuses divisions et des affiliations politiques différentes. En revanche, il apparaît avec évidence que le soutien financier aux associations et aux coopératives locales ne pourra pas y aboutir au niveau de réussite souhaité, tant que la plupart des membres de ces organisations ne se caractérisent pas par une activité et une vitalité. En d’autres termes, le manque d’appui et la faible coordination entre ces organisations et les différents acteurs concernés (les opérateurs publics et privés), sont des facteurs qui empêchent encore la réalisation adéquate des objectifs prévus.

En conséquence, il faut réadapter le mécanisme de revitalisation de l’économie sociale et solidaire à travers la création de coopératives efficaces pour la production et la commercialisation des produits du terroir, et la constitution d’associations à but non lucratif, très loin des conflits /intérêts politiques, qui doivent jouer un rôle actif de coordination entre la population locale et les organismes publics, et doivent affronter les problèmes dont souffrent la population rurale. Il faut, aussi suivre les recommandations du conseil économique, social et environnemental[17]  à cet égard, qui recommande d’adopter un cadre législatif dédié permettant au Maroc de participer au mouvement mondial de reconnaissance accrue du secteur de l’économie sociale et solidaire; et renforcer et mettre en place un système de gouvernance national et régional qui pourra dynamiser et accompagner le développement du secteur et sa croissance; accompagner et articuler le développement des acteurs du secteur aux politiques économiques et les grands chantiers du pays .

Bibliographie

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  • La loi 112-12 promulguée par le dahir n° 1-14-189 du 21 novembre 2014, publiée au Bulletin Officiel n° 6318 du 18 Décembre 2014.
  • Le Royaume du Maroc, Le Conseil Economique Social et Environnemental , « L’Economie Sociale et Solidaire: un levier pour une croissance inclusive », 2016, 15 pages.
  • NÚÑEZ (Jesús), « Asociaciones y organizaciones no gubernamentales en el norte de Marruecos: La articulación de la sociedad civil en las provincias de Tánger, Tetuán, Chefchaouen y Alhucemas », 2007, Editado por Fundación IPADE fundación IPADE, Madrid, Espagne, 82 páginas
  • United Nations Research Institute for Social Development, « Policy Innovations for Transformative Change: Implementing the 2030 Agenda for Sustainable Development»,2016, 151 pages.

Online: http://socialprotection-humanrights.org/wp-content/uploads/2016/10/Flagship2016_FullReport.pdf

 

[1] -United Nations Research Institute for Social Development , « Policy Innovations for Transformative Change: Implementing the 2030 Agenda for Sustainable Development”, 2016, p. 26. Online: http://socialprotection-humanrights.org/wpcontent/uploads/2016/10/Flagship2016_FullReport.pdf

[2] -Le Royaume du Maroc , Le Conseil Economique Social et Environnemental , « L’Economie Sociale et Solidaire : un levier pour une croissance inclusive », 2016, p. 3.

[3]- Boujrouf (Said), « Les montagnes marocaines, quel aménagement ? », Th. Doct. Etat en géographie, Université Cadi Ayyad, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Marrakech , Maroc, 2007, pp. 485-486 (En arabe).

[4]- NÚÑEZ (Jesús), « Asociaciones y organizaciones no gubernamentales en el norte de Marruecos: La articulación de la sociedad civil en las provincias de Tánger, Tetuán, Chefchaouen y Alhucemas », 2007, Editado por Fundación IPADE fundación IPADE, Madrid, Espagne.

[5] – DE REYMAEKER (Brice), « La cooperación al desarrollo desde la perspectiva del espacio relacional y construido: Encuentros, desencuentros y traducciones en los proyectos catalanes y andaluces de desarrollo y género en el norte de Marruecos », tesis de doctorado en Geografía, Universidad Autónoma de Barcelona, 2014,  p. 176.

[6]- Rapport annuel sur le partenariat entre l’Etat et les associations de la société civile, Rabat, Maroc. http://www.maroc.ma/ar (10/02/2017).

[7]- Haut-Commissariat au plan, Direction de la statistique, Enquête Nationale auprès des Institutions Sans But Lucratif (ISBL) (Exercice 2007), Décembre 2011, p.11.

[8]- Alioui (Badr), « Économie Sociale et Solidaire dans les communes rurales au sud de Tétouan : le cas des Dar Bni Karrich, Zinat, Al Hamra, Bni Leit, Sahtryine, Sahtryine », Master en géographie, Faculté des Lettres & des Sciences Humaines, Université Abdelmalek Essaadi,Tétouan, Maroc, 2014, p. 129.

[9] – Il faut signaler  que 22,38% des membres des associations dans les communes rurales au sud de Tétouan  suivantes :  Dar Bni Karrich, Zinat, Al Hamra, Bni Leit, Sahtryine, sont sans scolarité. Alioui (Badr), 1984, Op. cit, 2014,  p. 190.

[10] – Le département de travail social, Wilaya de Tétouan, 2014.

[11]- le site web de l’association : http://www.anoc.ma (10/03/2017)

[12]- est crée en 1992  sous l’égide de  la Direction de l’Elevage et la Direction Provinciale D’Agriculture de Chefchaouen , avec  l’appui financier de la FAO et de la coopération de Française. En 1999, la gestion de l’unité est confiée à l’Association National Ovine et Caprine (ANOC)  dans le cadre d’une convention de partenariat avec le Ministère de l’Agriculture de Développement  Rural et des Pêches Maritimes. (http://www.anoc.ma . 20/02/2015).

[13]- Située dans la Province d’Ouezzane. Est une ferme modèle pour l’élevage caprin laitier, et a été dédié à la formation pratique, l’accueil des visiteurs de tout le pays et la diffusion de reproducteurs de race Alpine. (http://www.anoc.ma . 20/02/2015).

[14]le site web de l’association http://adl-chefchaouen.ma (11/03/2017)

[15] –  La loi 112-12 promulguée par le dahir n° 1-14-189 du 21 novembre 2014, publiée au Bulletin Officiel n° 6318 du 18 Décembre 2014.

[16][16] L’Association Adrar – Tanger -est engagée dans l’amélioration des conditions de production et de vie dans les campagnes marocaines et dans la promotion de modes de production agricoles de qualité ; elle sélectionne pour sa boutique des produits alimentaires marocains bio et de terroir (https://issuu.com/urbainmagazine/docs/urbain_11_web/10. 10/04/2017)

[17] –  Le Royaume du Maroc, Le Conseil Economique Social et Environnemental, Op, cit., p. 5.


Updated: 2019-01-04 — 21:30

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