La citoyenneté au Liban entre identités multiples, pratiques sociales, sentiment d’appartenance et construction d’un pays


La citoyenneté au Liban entre identités multiples, pratiques sociales, sentiment d’appartenance et construction d’un pays.

Wissal HALABI, Université libanaise

 مداخلة نشرت في كتاب أعمال ملتقى التربية على المواطنة وحقوق الإنسان الصفحة 279.

   

الملخص:

يحثنا التاريخ اللبناني الحديث على التشكيك في إحساس اللبنانيين بالانتماء للوطن و القيم الوطنية. ان المواطنة هي الانعكاس الجلي للهوية المشتركة أو الهوية الوطنية. فهل تقوم المجموعات اللبنانية المختلفة ببناء هوية وطنية لبنانية؟

وفقا لماسلو ، فإن الحاجة إلى الانتماء إلى مجموعة اجتماعية هي واحدة من الاحتياجات الأساسية الخمسة للفرد. بدءًا من مرحلة المراهقة إلى مرحلة البلوغ ، تتطور انتمئاتنا من الخلية العائلية إلى مجموعات اجتماعية أكبر. يوضح إريكسون أن الهوية الاجتماعية والشعور بالانتماء إلى المجموعة يعكس الحاجة إلى التشابه والتطابق.

إن الانتماء للجماعات الاجتماعية يثري هويتنا و يشبع حاجتنا إلى الانتماء والأشخاص الذين نلتقي بهم يزودونا بمعايير لمعرفة أنفسنا.

ان علم نفس العلاقات الاجتماعية  أظهر أن اللبنانيين ، تاريخياً ، يظهرون روحية و عقلية متراخية دون معايير مشتركة لهوية وطنية. انهم يعيشون في هيكلية جدلية تتميّز بقدرتها على التكيّف من دون تحديد أولوية سلم القيم. لقد شددنا في مطالعتنا على ضرورة أن يعتمد اللبنانيون القيم الأخلاقية نفسها بنفس ترتيب الأولويات. ونعتقد كأكاديميين أن دور المدرسة والتعليم بالغ الأهمية في إعداد ونشر القيم المشتركة من أجل تعزيز المواطنة اللبنانية التي لم يتم تشكيلها بعد.

 

Résumé :

L’histoire libanaise récente nous pousse à nous interroger sur les valeurs communes des libanais et sur leur sentiment d’appartenance. Or, la citoyenneté est la manifestation concrète d’une identité commune ou identité nationale. Les différentes communautés libanaises sont-elles en train de construire une identité libanaise nationale?

Selon Maslow, le besoin d’appartenir à un groupe social fait partie des cinq besoins essentiels de l’individu. Depuis l’adolescence jusqu’à l’âge adulte, nos attachements évoluent de la famille vers d’autres groupes sociaux. Erickson montre que 34l’identité sociale et le sentiment d’appartenance à un groupe social s’exprime par un besoin de ressemblance et de similitude. L’appartenance à des groupes sociaux enrichit notre identité, le groupe social satisfait notre besoin d’appartenance et les personnes que nous fréquentons nous fournissent d’abondants repères pour nous connaître.

La psychologie des rapports sociaux montre que, historiquement, les libanais manifestent un esprit de laisser-faire sans repères identitaires communs et vivent dans une structure dilettante caractérisée par sa capacité d’accommodation. L’ordre de priorité des valeurs est difficile à établir. Notre approche a mis l’accent sur le besoin des libanais de partager des valeurs morales dans le même ordre de priorité. Et nous pensons en tant qu’universitaires que le rôle de l’école et de l’enseignement est primordial dans la mise en place et la diffusion de valeurs communes afin de consolider la citoyenneté à la libanaise qui reste encore à inventer.

Introduction

La citoyenneté au Liban entre identités multiples, pratiques sociales, sentiment d’appartenance et construction d’un pays est un sujet d’actualité présentant un intérêt fondamental surtout en période post-électorale (dernières élections législatives tenues en Mai 2018, après 9 ans d’interruption du processus électoral).

À la lumière de l’histoire libanaise récente, nous sommes en droit de nous interroger sur les valeurs communes des libanais, sur leur sentiment d’appartenance, nous interroger aussi sur la présence ou l’absence d’une conscience collective déterminante chez ce peuple. Alors que le sentiment d’appartenance incite à la responsabilité, à une culture identitaire démocratique solidaire, à l’acceptation de l’autre dans sa diversité et à la perspective tant recherchée d’une justice sociale égalitaire. Sommes-nous en train de construire l’identité libanaise nationale? Les différentes communautés libanaises manifestent-elles l’envie de vivre ensemble autour d’un projet social paisible et commun? Œuvre-t-on pour la consolidation de la citoyenneté à la libanaise? Que des questions soulevées quand on parle de la citoyenneté au Liban, sans trouver une solution miracle.

Pour parler de cette problématique, notre démarche sera simple: après par un bref rappel du développement historique du concept de la citoyenneté dans le monde, nous analyserons l’appartenance identitaire et la psychologie de groupe à la lumière de la dynamique de l’identité et de son évolution dans le temps en nous référant au modèle de Maslow. Notre approche est celle d’un psychologue puisque nous étudierons l’évolution de l’identité de l’individu de l’être, vers l’appartenance à un groupe et qui choisit ensuite de participer à la construction de l’identité nationale: le citoyen. L’approche psychanalytique et psycho-sociale prévaudra dans notre travail par rapport à une analyse politique, délibérément délaissée.

Nous évoquerons les difficultés qui entravent la construction de l’identité nationale, notamment les guerres civiles à répétition, avant de conclure sur le contexte politique actuel au Liban qui reste défavorable à la construction d’une identité nationale. Par la suite, l’analyse pratique du concept de la citoyenneté au Liban sera traitée dans le cadre d’un atelier de travail qui suivra notre présentation.

La citoyenneté: définitions et quelques rappels historiques:

Définition de la citoyenneté:

En théorie et selon Daniel Weinstock, la citoyenneté a trois dimensions :

  • Une dimension juridique (droits et responsabilités),
  • Une dimension pratique (participation au bien commun) et
  • Une dimension identitaire (réalisée lorsque le statut de citoyen a une importance subjective pour l’individu) ( Daniel Weinstock, 2000).

On peut aussi définir la citoyenneté comme le fait d’être reconnu comme membre d’une cité nourrissant un projet commun auquel on souhaite adhérer activement et entièrement. Au sens juridique, la citoyenneté part d’un principe de légitimité: un citoyen jouit de droits civils et politiques et s’acquitte d’obligations envers la société. Nous pouvons citer deux contextes historiques différents qui ont vu naître la citoyenneté, le contexte de la Grande Bretagne et celui de la France.

Historique :

Les principes de citoyenneté proclamés ici et là ont été appliqués différemment selon les traditions historiques de chaque pays.

L’approche britannique :

Le citoyen, dans la tradition anglaise, est d’abord libéral. La citoyenneté britannique a d’abord exigé la sécurité et la sûreté des personnes, la liberté de penser, de parler et d’agir. Son libéralisme s’est ensuite démocratisé par l’extension des droits politiques à l’ensemble des composantes de la société.(woodward,2002) Le citoyen britannique reste attaché au pluralisme des appartenances et des attachements qu’il perçoit comme l’expression « naturelle » des libertés. (Anicet Le Pors,2002)

L’approche française :

Dans la tradition française, le citoyen est l’héritier de l’absolutisme royal qui avait construit une relation directe entre le roi et ses sujets. Le citoyen français est d’abord un démocrate, disposant de la liberté politique par la participation à la souveraineté collective à travers les systèmes de représentations politiques. La citoyenneté est, pour lui, une et unitaire. L’idéologie de la citoyenneté fait appel aux droits de l’homme et du citoyen résumée dans la devise de la République Française :( liberté, égalité, fraternité.), et qui se transmet de génération en génération.

Les définitions de la citoyenneté ont évolué au cours du temps et continuent à le faire. Au Liban, comme ailleurs dans le monde,  le concept est lié à celui que l’Etat légitime auprès de ses citoyens à travers les lois. Dans ce pays multicommunautaire, le concept de citoyenneté dépend du processus d’intégration dans une identité commune (identité nationale) et des valeurs communes adoptées et repose surtout sur la volonté de vivre-ensemble.

Les composantes modernes de l’identité

L’identité de chacun est constituée d’un ensemble d’éléments qui dépassent les informations marquées sur les registres officiels. Dans le contexte libanais, on peut énumérer l’appartenance à une tradition religieuse; à un groupe ethnique; à une famille plus ou moins élargie; à une tribu (selon la tradition bédouine), à une éducation, à une profession, à une institution… Cette liste est virtuellement illimitée : on peut ressentir une appartenance plus ou moins forte à une province, à un village, à une équipe sportive ou professionnelle, à un syndicat, à un parti politique, à une association ou une paroisse, etc.».( Hamdan, kamal,1997). Toutes ces composantes de l’identité ne jouissent pas de la même importance bien sûr pour notre citoyen. Or la citoyenneté est la manifestation concrète d’une identité commune qu’on appellera identité nationale.

L’identité nationale et le sentiment d’appartenance: notions évolutives

Le concept de l’identité a énormément évolué au cours de ces dernières années. Le courant psychanalytique représenté par Freud la voyait à travers un mélange d’instincts (les pulsions) et de courants inconscients qui contrôlaient nos actions. Les behavioristes limitaient l’étude du comportement au conditionnement, c’est-à-dire la relation qui existe entre un événement (stimulus) et une réaction. Mais c’est Maslow qui a mis en évidence l’importance pour un individu d’appartenir à un groupe.

1)           Besoins et appartenance selon Maslow

Selon le psychologue Abraham Maslow tout désir, quoique culturellement déterminé, est la manifestation particulière d’un besoin humain fondamental. Il a ensuite proposé une pyramide des besoins et l’appartenance à un groupe figure en bonne place dans cette pyramide. Les 5 besoins essentiels de la pyramide sont:

  1. Sécurité.
  2. Estime de soi.

Ces 5 besoins ne peuvent être comblés que dans un ordre particulier : du besoin le plus primaire au besoin le plus élaboré ; le besoin d’accomplissement après le besoin physiologique. Le troisième besoin est celui d’appartenance et d’amour, en vertu desquels l’individu cherche à devenir l’élément d’un collectif, parce qu’il craint la solitude. Or les groupes sociaux sont régis par des règles explicites ou implicites. Par exemple, les groupes d’activité sportive auront des règles explicites, où l’on dicte clairement ce qu’il est possible de faire et ce qu’il n’est pas possible de faire. En revanche, les règles implicites seront plus facilement retrouvées dans un groupe d’amis, où les codes suivis se sont forgés petit à petit entre les personnes (respecter le temps de parole, adopter un style particulier…). Une fois trouvé le groupe qui nous ressemble, nous cherchons à nous intégrer à lui : il devient le groupe d’appartenance. Ce groupe a une grande influence sur notre vie. Il va également nous influencer et participer à la construction de notre identité. Dans les situations normales, le sentiment d’appartenance nous procure de la joie, du réconfort et surtout de l’assurance. Il est source de motivation, il nous permet d’être plus efficace socialement et professionnellement. Il participe à l’amélioration de notre estime de nous-même. Le sentiment d’appartenance peut être considéré comme un soutien psychologique apportant quelques avantages : Combattre le sentiment de solitude, Accroitre ses motivations et  son enthousiasme, Préparer la personne à combler le besoin suivant (selon la pyramide de Maslow) : l’estime de soi. Le sentiment d’appartenance, lien au groupe d’appartenance, est nécessaire à notre développement ainsi qu’à notre bien-être. Ce sentiment social joue un rôle prépondérant dans notre existence, sans quoi nous ne pourrions avancer dans l’accomplissement de nos besoins. (Maslow, 2018)

2)           L’évolution de l’identité chez l’adolescent

Au début de notre vie, nous considérons notre groupe familial comme notre groupe d’appartenance. Ce groupe satisfait notre besoin physiologique et le besoin de sécurité. Nous nous lions donc à lui en développant un sentiment d’appartenance.

La notion de l’appartenance évolue ensuite avec l’adolescence. Erikson perçoit l’identité de l’adolescent comme étant une vision intégrée de lui-même incluant les différentes composantes de sa vie comme : sa culture, ses croyances, ses aspirations professionnelles, ses relations avec les autres. (Erikson, E.H ,1968). Au fur et à mesure de sa croissance, de ses relations avec les pairs et ses parents l’adolescent va définir sa nouvelle identité. La fidélité chez l’adolescent, se construit au fur et à mesure que le besoin d’être conseillé se déplace des figures parentales vers des personnes d’influence. Cette fidélité fournit à l’adolescent l’occasion de développer son sentiment d’identité, souvent par l’expression du moi dans des rôles variés et expérimentaux. Erikson considère l’adolescence comme une phase de « crise », de conflits, à risques de « confusion identitaire ». Dans sa quête identitaire, l’adolescent est rattaché aux changements sociaux et contextuels qui tiennent aux demandes qu’impose la société à l’adolescent. La problématique principale de l’adolescent est un sentiment d’identité qu’Erickson décrit comme un sentiment de similitude avec soi-même et de continuité existentielle.

L’identité sociale se réfère au sentiment d’appartenance à un groupe social. Elle est la résultante d’un processus d’attribution, d’intervention et de positionnement dans le monde social et s’exprime par un besoin de ressemblance et de similitude. ( Vieux-Fort, Karine et Annie Pilote 2013). Alors que l’’identité personnelle se réfère à un besoin de se différencier d’autrui, marquer sa singularité, son originalité, tout en restant reconnu par autrui. La dynamique dialectique de l’identité oscille entre l’identification et la différenciation. (Yon, D., 2000)

Les modifications de l’identité se font selon l’expérience sociale de chacun. La culture et la société dans lesquelles les adolescents sont baignés vont indirectement faire émerger un type d’identité par rapport à un autre.

À noter que les sociétés traditionnelles se caractérisent par des principes de transmission et de reproduction (le devoir de transmission): la construction de l’identité consiste à poursuivre le schéma traditionnel de la famille. Dans les sociétés considérées comme postmodernes, où les sujets sont tournés vers eux même, il n’y a pas de guide (pluralité de choix).

3)           L’identité  au quotidien:

Le concept de l’identité a énormément évolué au cours de ces dernières années. Toutes les études contemporaines montrent que plusieurs aspects de notre identité évoluent en permanence. L’identité de chacun ne saurait être une entité figée. Elle évolue au gré de notre vie puisque la majorité des événements significatifs pour notre identité se composent des échanges avec nos semblables. La vie de famille et les différents milieux sociaux dans lesquels nous évoluons (l’école ou le travail, par exemple) nous façonnent profondément. Précisément parce que l’entourage occupe une place de choix dans l’équilibre de notre identité que nous accordons beaucoup d’importance à l’aspect social de l’environnement, le climat dans lequel nous vivons et les phénomènes culturels auxquels nous assistons. Nos appartenances à plusieurs groupes sociaux enrichissent non seulement notre identité en nous comparant aux autres, mais aussi fournissent un double avantage: d’une part, le groupe satisfait notre besoin d’appartenance et, d’autre part, les personnes que nous fréquentons nous fournissent d’abondants repères qui nous aident à nous connaître. (Messara,A, 1996)

4)           Les conséquences identitaires de l’appartenance à un groupe

Au cours de notre existence, notre adhésion à des groupes est très importante pour notre bien-être. Le sentiment d’appartenance fournit des informations particulièrement utiles pour construire notre identité. Lorsque nous nous identifions à un groupe, nous adhérons à ses valeurs. Nous croyons donc que ces valeurs sont vraies et bonnes. Et l’énergie que nous consacrons souvent à défendre ces valeurs indique à quel point elles font partie de notre identité. Quand on ne s’identifie pas vraiment au groupe qu’on côtoie, on a un sentiment de malaise ce qui suscite des conflits interpersonnels. Notre identité se construit donc au sein d’un milieu social qui partage un grand nombre de références. Ces conceptions communes jouent un rôle de premier plan dans le développement de notre identité et de nos attitudes. Le sentiment d’appartenance à un groupe nous fait changer et permet de mieux ancrer nos valeurs; d’établir la priorité des normes et nos manières d’être. Parfois on se laisse entraîner dans des activités caractéristiques du groupe, comme la violence collective décrite dans les bandes de quartier ou chez les supporters de sport. Les enfants sont surtout sensibles à cette influence puisqu’ils apprennent beaucoup en comparant et en imitant. (Boisvert et alt,2000)

Analyse du sentiment identitaire des libanais

La problématique de l’appartenance identitaire est fondamentale dans la consolidation ou la fragilisation de l’entité “Liban”. L’identité du Libanais oscille à son tour entre diverses composantes individuelles et communautaires. Georges CORM s’interroge sur la nature de l’identité libanaise «… Existe-t-il une identité libanaise unique?  Les différentes composantes de cette identité sont-elles contradictoires suffisamment pour rendre le vivre ensemble entre Libanais impossible ?» (Georges Corm, 2012). Le libanais souffre d’avoir des appartenances compliquées et conflictuelles.

L’identité sociale des libanais est forcément un concept dynamique qui se définit par la conscience d’un individu de son appartenance à un groupe historique. Ce groupe lui assure un cadre qui satisfait son besoin de sécurité psychologique (Maslow) et lui sert de référence pour son système de valeurs et de culture, qui est à la base de sa perception du monde, de son rôle et de son évaluation de celui-ci. Tout cela s’accompagne du souci d’atteindre des objectifs communs, sans que ce soit en contradiction avec ses buts personnels. Dans ce contexte, l’identité sociale devient le résultat des expériences communes et du mode de vie commun des membres de ce groupe historique. Il y a aussi de grandes réalisations communes et la volonté de vivre ensemble.( Duriez, B., Soenens, B., & Beyers, W. 2004).

Au cours des guerres civiles, nous vivons des états de crise identitaires. Il en résulte un sentiment de trouble et de malaise et d’incertitude. La citoyenneté s’en trouve en errance et en quête de repères, voire d’autorité hiérarchique. C’est le sentiment d’appartenance communautaire qui domine.

En temps de paix, plusieurs problèmes surviennent lors de la constitution de note identité, à cause de l’organisation actuelle de notre société: comme les inégalités sociales, les conflits armés régionaux, l’appartenance religieuse, la culture linguistique, etc… Notre univers idéologique résulte de l’organisation des valeurs et des normes selon un ordre de priorité socialement identifiable. Le discours politique influence évidemment cet ordre de priorités et conduit inconsciemment à une forme d’intégration sociale ou au contraire à un rejet de l’autre quand le discours extrémiste et exclusif prévaut.

La clarification des pratiques sociales et politiciennes et l’analyse de leurs conséquences idéologiques sur la citoyenneté montrera le rôle bénéfique ou néfaste du système politique. La peur de l’Autre gagne le territoire libanais, encouragée par une pratique politicienne qui manque totalement de vision dans un environnement géographique tendu et conflictuel. L’inquiétude et le sentiment d’insécurité est profondément implanté dans la mentalité des citoyens libanais. La réaction normale à cette inquiétude est le désir de se replier sur soi, de se retirer, de ne pas participer aux processus électoraux, etc….

La plupart des libanais trouvent difficile de concilier ces différentes composantes, le système éducatif actuel ne contribue pas à discerner la complémentarité de nos appartenances multiples (culturelles, confessionnelles et linguistiques). Le contexte politique fait ressurgir nos différences en négligeant de nombreuses composantes de notre identité commune, au profit d’une ou tout au plus de deux d’entre elles qui seraient plutôt sources de divergence. La psychologie des rapports sociaux explique en partie la situation politique libanaise. Historiquement, les libanais ont été obligés de s’accommoder, de s’adapter, de contourner les diktats d’une autorité étrangère, ce qui explique en partie leur comportement et leurs choix politiques. L’accommodation dans l’expérience historique, tragique et exaltante du Liban a généré un esprit de laisser-faire : Nous entendons beaucoup autour de nous les termes suivants : « baynâtina » ,« shû fihâ » ,« lâ tihmul al-sullum bil aard » ,« shatâra », « tazâki » . Dans cette ambiance d’accommodation, nous avons du mal à fixer des repères identitaires inspirés par des valeurs morales. L’ordre de priorité des valeurs est difficile à établir dans une structure dilettante caractérisée par sa capacité d’accommodation. La question du manque de sérieux, est liée à la culture politique et l’avenir de toute de réforme et de planification au Liban. Ce manque de sérieux s’est ajourné aussi dans les débats télévisés au niveau d’employés, de fonctionnaires, de directeurs généraux, d’enseignants, de dirigeants d’association, de conférenciers (Marc,E,.2005).

Sur un autre plan, et selon la constitution libanaise, la liberté de conscience est inaliénable: Elle s’inscrit dans l’être non dans son avoir. Par définition, cette liberté de conscience exclut toute contrainte spirituelle, religieuse ou idéologique. Quant à l’égalité des droits, elle est en principe garantie par la loi.

Le principe de l’égalité de droits et le respect des autres devrait être assortis du respect de la différence, de la tolérance, de la justice sociale, du sens du devoir, du refus de la facilité et de la reconnaissance du mérite. Que des éléments qui peuvent être apportés par une éducation civique responsable dont le but ultime serait de participer activement à l’ancrage et à la primauté de l’identité nationale dans la vie de la société libanaise.

Les conséquences de la situation actuelle au Liban sur l’identité nationale.

Le concept identitaire est marqué par la multiplication des guerres, des conflits et des problèmes politiques, sociaux et culturels. Le Liban est confronté à une division qui a pris une coloration confessionnelle. De plus le conflit régional guerrier et la participation de certaines composantes essentielles libanaises à la guerre régionale fragilisent énormément le “projet commun” des libanais. L’identité libanaise s’en trouve blessée. Dans une situation de guerre, les individus s’identifient par rapport à l’appartenance la plus attaquée. Cette appartenance, qu’il s’agisse de la couleur de la peau, la religion, la langue ou la classe sociale, prime sur tous les autres paramètres et envahit notre identité. Ainsi, les individus dans une situation de conflit guerrier se mobilisent en cherchant à attaquer ceux qui les affrontent. L’affirmation d’une identité devient une affaire de courage et de libération. Le libanais est dans cette situation, il est influencé par ceux qui l’attaquent. Il s’en suit des blessures identitaires et des stigmates qui le poussent à s’isoler et à s’accrocher encore plus à son appartenance identitaire et à une remise en question de la hiérarchie de ses appartenances. De plus, la psychologie humaine ne change pas au même rythme que les développements politiques. L’événement politique peut, en raison de sa rapidité, imposer certaines conditions politiques au comportement d’un groupe. Il s’inscrit dans le temps beaucoup plus rapidement que l’impact psychologique sur l’individu et le groupe, et peut menacer son identité.(kroger,2000)

Le rôle du système éducatif libanais dans la construction de l’identité nationale :

L’identité constitue une question pédagogique complexe et délicate. L’école joue un rôle primordial de prise de conscience dans la formation du futur citoyen. Evidemment, la construction de l’identité nationale libanaise est un processus qui ne s’évalue pas de façon formelle comme une matière scolaire. La mission de l’école consistera, dans l’optique de participer à la construction de la notion de citoyen, à développer les compétences civiques et sociales que l’identité nationale émergente aura définies comme composantes essentielles. De même, le personnel enseignant devrait être soucieux de présenter des valeurs sociétales modernes et ouvertes sur le monde, avec le souci d’exposer les élèves à une prise de conscience nationale identitaire. Le décret 6 des droits de l’homme incite à «  préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures. »,et par suite à apprendre le bon fonctionnement des institutions et du jeu démocratique. (Mesure, Sylvie et Alain Renaut, 2000). Dans nos programmes scolaires et universitaires, ces compétences sont marginalisées.

Conclusion :et recommandation :

Notre bien-être ne s’épanouit qu’à travers une meilleure compréhension de toutes nos particularités. Ainsi, notre identité n’est pas homogène et les événements qui nous entourent la modifient chaque jour.

Notre travail a mis en lumière la constitution et le développement des différentes composantes de l’identité. Nous avons aussi expliqué le processus d’évolution de l’appartenance familiale à l’appartenance à des groupes avant d’adhérer à ce qu’on appelle une identité nationale qui délimite la citoyenneté.

Notre approche de psychologue a souligné l’importance que revêt selon la pyramide de Maslow le besoin d’estime et de reconnaissance que chacun doit trouver dans ses appartenances multiples. Il en va de même dans les appartenances nationales quand elles se trouvent en conflit avec les appartenances communautaires: si l’individu penche pour son appartenance communautaire, la raison est à chercher dans les failles et l’insécurité de l’appartenance nationale au Liban. La construction de l’identité nationale a besoin de fondations fortes basées sur l’identité culturelle de chaque personne voulant participer au processus interculturel.

La citoyenneté reste à inventer au Liban. L’identité libanaise pâtit de sa pluralité et de la prépondérance des identités communautaires. La construction d’une identité nationale libanaise doit se fonder sur l’acceptation de l’autre. Une prise de conscience collective nous paraît indispensable. L’avenir passe obligatoirement par l’acceptation de l’Autre. Evidemment, la présence d’institutions républicaines fortes fondées sur la démocratie, la laïcité (dans sa dimension inclusive qui permet de rassembler toutes les communautés) et de la non-violence est primordiale pour former le cadre juridique de l’identité nationale et de la citoyenneté. L’identité nationale devrait être perçue comme un avantage, un acquis précieux résultant de décennies de luttes contre l’envahisseur et puisant sa force dans la paix sociale si précieuse après de multiples guerres civiles. L’appartenance nationale devrait être vécue comme un accomplissement supérieur capable d’effacer les rétributions distribuées par les groupes communautaires à leurs sujets.

Nous nous devons aussi en tant qu’universitaires d’insister sur le rôle de l’école et de l’enseignement dans le la consolidation de la citoyenneté, il est impératif d’aborder l’enseignement civique au sein des écoles et des universités, à l’image des efforts actuellement entrepris en France pour asseoir la laïcité. Nous devons encourager tous les liens de coordination et/ou de réunification entre différents groupes sociaux. Nous soulignons aussi l’importance d’un dialogue cordial et approfondi entre les différentes couches sociale libanaises.

Nous avons choisi de ne pas discuter de la dimension politique de cette problématique mais nous sommes conscients que nos recommandations ont besoin d’un appui politique pour être suivies.

La définition de Paul Ricœur « vivre bien avec et pour les autres, dans les institutions justes », relève les compétences que nous souhaiterions affiner au terme de la citoyenneté. Elle nous incite à résister aux harcèlements, à refuser l’appropriation de ce qui ne nous appartient pas et à rejeter toute forme de violence et de haine. Cette définition met en valeur aussi le rôle du cadre politique en charge de la gestion de la vie sociale, les institutions que nous construisons qui offrent le cadre social et politique propice à l’émergence et à la sauvegarde de l’identité nationale.

Malheureusement, les sentiments négatifs et exclusifs foisonnent dans la société libanaise. Il suffit d’une faille dans les fondations, d’un paramètre dont on n’a pas tenu compte, pour qu’un bel édifice s’écroule ! Si l’on parvient, à faire valoir la logique citoyenne qui devrait rassembler toutes les composantes de la société libanaise et la ressemblance entre les individus, on pourrait contribuer à un vivre ensemble apaisé et respectueux des valeurs de chacun. Les apports spécifiques des différentes composantes de notre société multiculturelle pourraient nous enrichir au lieu de nous diviser.

Bibliographie :

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 Yon, Daniel 2000 « Urban portraits of identity: On the problem of knowing culture and identity in intercultural studies », Journal of Intercultural Studies, XXI, 2 : 143-157.

Updated: 2018-07-24 — 06:53

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